Le repas fût gai, et totalement libéré. Un tête-à-tête comme je les aime. Nous avons pu parler librement de tout, rire des évènements, nous moquer de nos voisins de table… Comme des gamins loin de leurs parents censeurs… Oui, j’étais bien. Et elle aussi, d’ailleurs…. La seule ombre au tableau fût son aveu, porté comme un coup de fleuret entre la poire et le fromage. L’aveu qu’elle ne me désirait pas. Moi, j’aurais bien voulu aller plus loin, mais je ne pouvais pas lui reprocher son ressenti, et surtout la franchise dont elle avait fait preuve en m’en parlant ouvertement.
J’étais très à l’aise avec elle tout comme elle l'était avec moi, et nous avions bien volontiers laissé nos conversations déraper sans honte sur le domaine du plaisir et de l’intimité. Nous parlions de nos fantasmes, nous échangions nos ressentis lors de nos nombreuses expériences libertines…. Elle riait et je la trouvais très belle. Ses boucles d’oreilles aux pendentifs volumineux s’agitaient librement à chaque rire, et c’était vraiment agréable à regarder.
Une fois sortis du restaurant, jouant le tout pour le tout, je lui ai demandé, malgré son sinistre aveu, si elle accepterait néanmoins de venir boire un verre chez moi. Je ne m’attendais pas à une réponse positive, mais les femmes sont toujours surprenantes…. Car là, ô surprise, elle me répondit par un oui déshabillé de toute ambiguïté. Alors nous nous sommes dirigés vers chez moi. Mais curieusement, autant le repas avait été festif et libéré, autant le trajet entre le restaurant et mon domicile a été calme. Presque distant. Un peu comme si nous nous observions sans vraiment nous regarder. Marchant l’un près de l’autre, regardant devant, sans parler, moi je sentais son parfum et je me refaisais le film du repas. Dans mon souvenir, son aveu prit une importance plus grande que dans la réalité. La tâche sur le tableau devenait plus grosse et plus sombre à mesure que le temps passait, occultant presque les éclats de rires et confessions érotiques qui avaient illuminé notre soirée…. « Elle ne me désire pas… elle ne me désire pas »…. Je me répétais ces phrases comme pour me faire encore davantage de mal…. Et avec tout ça, je me demandais comment aller évoluer la soirée, et comment aller se passer la nuit…. Je savais qu’elle ne finirait pas dans mon lit à mes cotés à batifoler comme des otaries…. Mais les femmes réservent parfois des surprises… et ce soir, je n’étais pas au bout des miennes…
Avec un mélange d’inquiétude aventurière et d’excitation (car oui, je bandais de la respirer et de la savoir tout à coté de moi), nous sommes rentrés dans mon appartement parisien. Elle ôta son manteau, le jeta négligemment à terre, et s’assit sur le canapé moelleux. Je revins de la cuisine avec deux coupes de champagne. Je m’assis sur le fauteuil de cuir blanc, en face d’elle….
Notre discussion reprit, mais sur un ton plus gêné qu’au restaurant. Je ne savais pas où j’allais. Mes sensations se mélangeaient avec délice. Je respirais la lumière, je vibrais les couleurs, je regardais la texture du calme et de l’aventure. J’en avais presque des papillons dans les yeux. J’étais tout simplement perdu, dans un 40 mètres carrés, dans mon petit salon, mon petit cocon à moi qui m’était pourtant tout à fait familier, mais que, soudain, je semblais redécouvrir comme si j’étais au milieu d’une forêt. Non pas une forêt hostile, mais au contraire accueillante, petit poucet des temps modernes perdu pour la bonne cause, abandonné de ses cailloux et de ses miettes de pain qu’une douce compagne était en train de picorer sans peut-être le savoir…. Je la regardais, l’imaginant dévêtue, la pensant prêt de moi, nue, nous voyant nous pourlécher de saveurs gaufrés d’un second dessert, véritable gourmandise toute sucrée comme j’imaginais que fût sa peau…
Elle comprit ce que je ressentais, et presque brutalement, telle une ogresse du plaisir, elle me coupa en plein milieu d’une phrase et me fit une proposition plus que surprenante… « Tu sais ce que j’aimerais, là, maintenant ? J’aimerais que tu baisses les lumières, que tu te reviennes t’asseoir sur ton grand fauteuil blanc, tu te déshabilles le bas, et qu’on continue à parler de nos fantasmes, de nos envies… ». Evidement, je fus un moment interloqué, et elle éclata de rire….
« Vas-y, fout toi à poil avant que je change d’avis. J’ai envie de te mater… voilà tout ». Quelques instants après, je me suis retrouvé nu, avec pour seul ornement ma chemise blanche qui masquait négligemment mon buste. Mon sexe était dur et elle le regarda en souriant. Pour moi, l’exhibitionniste, cette proposition était un cadeau. « N’hésite pas à te toucher, j’aimerais te voir prendre du plaisir. On reste à distance, là, comme ça. Et dès que tu as joui, je m’en vais. Alors prends ton temps… tout ton temps… ».
J'acceptai sans hésiter sa proposition. Elle resta ainsi à me regarder. Nous avons repris notre discussion, calmement, elle en buvant sa coupe de champagne, moi assis face à elle, me caressant avec une douce sensualité. J’aurais aimé la faire craquer, pour qu’elle se rapproche de moi, afin que nous puissions jouer au petit poucet à deux peaux…. mais c’était peine perdue. Elle me matait, se régalait à me mater, prenait du plaisir à me mater, mais elle restait stoïque dans son canapé, à seulement trois petits mètres de moi. Ma main montait et descendait sur ma queue, je me caressais les bourses en parlant de mes fantasmes, en l’écoutant parler des siens, en évoquant l’un après l’autre de nouveaux jeux qui irradieraient nos nuits et que nous ne connaissions pas encore…. Je sentais mon sexe habité d’une dureté exceptionnelle. Elle était à portée de moi, mais les règles du jeu étaient celles-là : on reste à distance. J’aurais bien voulu savoir si elle mouillait…. Mais elle ne laissait rien transparaître. Enfin elle m’avoua que la scène qu’elle vivait à cet instant, avec moi, faisait partie des fantasmes qu’elle voulait connaître, et reconnut que cette interdiction dont elle faisait preuve en restant à distance de moi était un facteur de trouble délicieux pour elle, et un facteur d’excitation absolument exquis….
Pour moi aussi, et je le reconnus en souriant. C’est vrai, plus le temps passait, plus je me pris au jeu. Pour corser la situation, je décidai de mettre délibérément mes jambes par dessus les bras du fauteuil, les écartant ainsi au maximum, et je me suis couché légèrement. Ainsi, je pouvais lui montrer sans honte toute mon anatomie, tout en me touchant toujours aussi délicatement. Malgré son air en apparence neutre, elle ne me trompait pas, et je savais qu’elle était émue, trahie par le léger vibrato qui prenait corps dans sa voix, et ses joues et ses lèvres que je voyais rougir….
J’aimais cette liberté. Nous parlions de sujets très intimes. De plus en plus intimes, même. Elle m’apprit qu’elle voulait partouzer à grand nombre, dans un gang bang énorme, tous sexes confondus. Je lui dis que je m’inscrivais volontiers à la fête ! Mon gland était nettement décalotté, luisant comme un miroir, ma tige raide et veineuse, mes bourses lourdes… ma main tournait autour de mes poils, frôlant mes couilles, caressant mon sexe. Osant encore plus, je mis mon doigt dans la bouche puis le fis pénétrer dans mon anus….. « Et ça, tu as déjà vu ? », lui demandai-je… Le silence fût sa seule réponse immédiate…. « Euh… Nnnn… Non », fit-elle avec la plus grande difficulté d’élocution, tant elle était captivée par le trajet mouvementé de mon doigt dans le four chaud de mon cul…. Et en plus, comme comble à son supplice, me prêtant encore plus qu’elle à ce jeu que je commençais décidément à trouver absolument délicieux, j'entrefermai mes yeux et laissai des gémissements s’échapper de ma bouche….
Elle voulait me piéger, la petite coquine…. Mais à cet instant, je me demande qui était le plus à l’aise des deux…. Elle regardait cette scène qui allait au-delà de ses espérances, au-delà de ses fantasmes…. Nous étions bien, si bien que nous vivions cette première fois dans une intensité insupportablement palpable. Mais je savais qu’à cet exercice, je n’allais pas tenir très longtemps. J’aurais voulu qu’elle écarte ses jambes, qu’elle sorte ses seins et qu’elle se pince les bouts, qu’elle se mette un doigt dans la chatte, dans son sexe certainement dilaté et humide à en pleuvoir de plaisir…… Mais elle n’en fît rien, sûrement par une volonté de marbre…
La demi-heure de caresses douces allait s’achever quand je sentis monter en moi un plaisir nouveau et incontrôlable…. Je me surpris à percevoir une sensation encore inconnue, un plaisir inédit qui prenait ma queue et ma tête, les enserrant dans le doux tourment d'un étau chaud et divin…. Et je me sentis me libérer dans un cri, dans un hurlement. Dans un hallali entre la vie et la mort, mon bien-être gicla devant moi comme masquant d’un rideau opaque la vue de ma douce voyeuse, éclatant en gouttelettes blanches et tièdes sur ma chemise maculée de sperme. Signe convenu de la fin de la soirée…. Une soirée à l’issue de laquelle, une fois seul, je pourrai retrouver mes petits morceaux de cailloux éparpillés dans mon esprit, repères qui me ramèneraient à la réalité.
Une réalité que j’avais, pour un soir, transformée en un doux conte de fées…